L’ESSA, Les Copains, Les Amis.

L’ESSA, Les Copains, Les Amis.

L’année suivante, mes oncles Paul et Georges décidèrent de relancer une équipe de rugby à Saint André : L’Etoile Sportive Saint-Andréenne. Hormis le fait que c’était l’équipe de mon village, j’y ai vécu des moments très forts à la fois rugbystique, mais surtout des moments d’amitiés qui durent encore et qui durerons toujours.

Cette première saison en 4éme série fut difficile, avec une équipe à créer de toute pièces. On ne choisissait pas trop les joueurs, on prenait ceux qui voulaient bien venir.

Je me souviens de notre premier match en Championnat contre Cruzy ou j’ai envoyé Noguéra dit Scapin de Montredon à l’abattoir. Il a commencé et finit sa carrière ce jour là. C’est mieux ainsi pour le Rugby.

Je me souviens de Georges Muller qui a commencé sa carrière à 26 ans et qui jouera jusqu’à 54 ans, devenant un des joueurs les plus respectés du Languedoc.Je me souviens de son beau-frère, qui jouait (qui essayait de jouer) avec des lunettes à quadruple foyer.

Je me souviens de mon oncle Paul, le président de l’ESSA, qui rentrera sur le terrain lors d’un amical contre Peyriac de Mer pour faire le nombre. A 45 ans et n’ayant pas joué depuis plusieurs années, il décocha immédiatement une belle « mine » dans la tronche du premier Peyriacois venu. Surement pour mettre l’ambiance.

Je me souviens d’André Ballarin, mon ami de Saint André, un surdoué, hypersensible, qui vivait les situations au premier degré, puis plus tard les intellectualisait. Sans jamais garder un peu de recul. Je l’ai vu faire une mauvaise passe, et au lieu de continuer à jouer, mettre une main dans la poche du short, et partir en marchant dans le terrain en marmonnant.

Je me souviens de « Pipette » Garcia, un demi de mêlée de taille réduite, c’est tout dire. Lors du retour à Cruzy ou on prenait 40 points, le capitaine de Cruzy, en fin de match, sur une mêlée proche de l’en-but de Cruzy, glisse à l’oreille de « Pipette » : « sur la mêlée, part fermé, je te laisserai marquer, comme ça vous sauverez l’honneur ». Et voici mon Pipette qui s’élance coté fermé, ou le dit Vidal l’attendait et lui file une branche destructrice. Emportez le corps.

C’était aussi une autre époque. Jojo Sibra notre pilier, lors d’un match contre Bram, tomba l’arbitre, Jean Bernard Moles, plus tard journaliste et intellectuel du rugby, sur une mauvaise décision. 3 matchs de suspension. C’était une autre époque.

Mais au bout de quelques match, un certain nombre de renfort, en particulier du village vinrent nous renforcer et petit à petit, un vrai équipe se créa.

Robert Domenech, qui débuta au centre, car il était puissant et rapide. Malheureusement il attrapait rarement le ballon. Et après une brève carrière de centre puissant, il devint le pilier droit le plus léger du Languedoc ou il fera à la fois sa carrière et l’admiration de ses partenaires et adversaires. Il en héritera le surnom de « Cholle » en référence au fameux pilier castrais Gérard Cholley. En dehors d’être un immense chasseur de sangliers, ce qui posait souvent des problèmes lors de match entre Septembre et Janvier ( » Cholle est encore à la chasse « , »Cholle a perdu un chien « ), il avait en plus un tic. Il ne pouvait pas rentrer sur le terrain mal peigné. Il passait 10 minutes dans les vestiaires à se peigner et à soigner son look. Ce qui avait la vertu de mettre en fureur Paul Bertrand, notre président. Cholle était aussi le spécialiste d’un jeu très développé en Languedoc, «  la machine à surnom ».

Michel Vaquier, dit « Tchero » lui aussi originaire du village, étudiant en dentaire à cette époque, le rugby ne représentait que peu de chose pour lui. Il était beaucoup plus pécheur et chasseur, et surtout il écumait les fêtes et autres boites de nuit au volant d’une  2CV verte avec un énorme canard jaune sur la portière arrière. Mais l’amitié qui animait notre petit groupe le fit venir nous rejoindre. Ce n’était pas un joueur très technique, ni très costaud pour un N°8, mais sa rudesse, son agressivité en faisait un sacré client. A cette époque, on ne tenait pas de statistiques sur le nombre de placages, mais même aujourd’hui il aurait été bien classé, et en plus, jamais aux jambes, tout en haut, ce qui le rendait particulièrement destructeur.

Robert Cassé dit Caca. Entre sa naissance en 1953 et aujourd’hui, il a du dire 3 mots, dont « oui » à sa femme lors de son mariage à la mairie. Mais pour ne pas trop en dire il n’est pas allé à l’église. L’école ne l’a jamais intéressé,  mais il a démontré des capacités assez extraordinaires avec ses mains, en mécanique ou en maçonnerie. Dans notre jeunesse, c’était le conducteur automobile attitré de notre petite confrérie. Certainement que dans notre inconscience nous avions choisi celui capable de nous amener à bon port, car conducteur émérite, il et nous prenions quelquefois des risques inouïs, dont aucun autre que lui ne se serait sorti. Le rugby ne l’intéressait absolument pas, l’entrainement encore moins, c’était les copains et la « bringue » qui le motivait. Rapide, adroit naturellement, c’était un excellent joueur, quand il avait envie. Après tu pouvais y compter. Il me fait penser à un film ou Belmondo est en permanence suivi par une sorte d’ange gardien invisible qui intervient en silence lorsque tout est perdu. Caca c’est à peu prés ça, quand ça pétait que ce soit sur un terrain ou en boite de nuit, il pouvait se fondre et arriver au dernier moment pour dégommer l’agresseur qui ne l’avait même pas vu venir.

Gérard Douarche, enfant du village, un peu plus jeune que nous, caractériel à un point que les théories de tous les psychanalystes sont totalement dépassées. Etudiant à Toulouse, il passait le weekend end en solitaire à Saint André, faisant la bringue quand il avait de l’argent, dévalisant quelques jardins ou arbres fruitiers quand il n’en avait pas, mais surtout trop fier pour demander quoi que ce soit, même à ses amis. Il nous a rejoints lors d’un match amical « derby » contre Bizanet, (le match s’est arrêté à la 60ème minute), ou il a joué arrière. N’ayant pas d’équipement, il joua en chaussette de ville, et démontra ce jour là une aptitude extraordinaire à la défense sur l’homme. Il hérita ce jour là du surnom de « Taf » en rapport avec un joueur du RC France  nommé Taffary, qui fit quelques apparitions à cette époque en équipe de France. Même taille, même bronzé naturel, même moustache, mais au niveau du caractère, je ne connais pas le dénommé Taffary, mais il devait être court. Pour vous donner un exemple, quelques années plus tard, dans une boite un peu glauque de Lisbonne, une résidente au prénom de Maria Theresa le titillait depuis un moment, en particulier en lui prenant les mains et lui tordant les doigts (quand on ne parle pas la même langue et qu’on n’a rien à se dire…). Avec Henri Marty, nous avons senti que ça allait mal se finir. D’un geste rapide, « Taf » attrapa la main de la fille et lui retourna un doigt, la fille poussant des cris de douleur. C’était très con, mais encore aujourd’hui, ça nous fait rire.

Gérard Douarche, lors du mariage de Marc Vaquier au Styx, boite de nuit de l’Ecole Polytechnique

Les Springboks : Boule et Botellon, Ghislain Calvel et Antoine Tello. Tous les 2 un peu plus jeune que nous, ils intégrèrent l’équipe de l’ESSA, alors qu’ils étaient encore juniors et prirent place aux postes de pilier gauche pour Antoine, talonneur ou pilier droit pour Boule. Ils avaient hérités du surnom des Springboks lors d’un match de l’école de rugby à Tuchan, ou tous  2 cadets, ils avaient intégrés sous fausse licence l’équipe minime. Et comme les vieux Tuchanais s’étonnaient de voir des minimes avec un tel physique, Pierrot Poudou, supporter N°1 de l’époque leur rétorqua, « ce sont des Springboks, on les a pris à l’essai !!!, » et comme les bêtises les plus grosses sont celles qui passent le mieux, la rumeur avait fait le tour de terrain « Saint André a recruté des Sud- Africains ». Ils intégrèrent l’équipe première l’année suivante, et tout jeune, avec des physiques de poupons pas tout à fait dégrossis, ils occupèrent la première ligne de l’ESSAB. Jouer en tronche à cette époque, n’était pas chose facile, mais ils avaient des arguments. Antoine avait un coup de cigare terrible. Jouant à l’arrière, à 50m de là, le bruit du choc des têtes contre tètes de la première mêlée me donnait des frissons dans le dos. Et avec Antoine, ça pouvait durer 80mn. Lors d’un 8ème de finale de championnat de France contre St Aubin du Médoc, à Lauzerte dans le Tarn, sous une pluie battante, l’adversaire d’Antoine, qui devait avoir 35 ans, alors que lui en avait moins de 20, avait subi l’affrontement pendant 10mn, puis la tête sanguinolente, il avait crié grâce en lui disant à chaque mêlée : « Arrête », ce à quoi Antoine répondait : « t’avais qu’à rester dans le car ». Le gars du Médoc avait ensuite cherché grâce auprès de l’arbitre, qui malheureusement, présentait un physique d’ancien « pilar », et qui rétorquait à chaque mêlée, en levant les bras d’impuissance, « quand on joue première ligne..». C’était terrible..

Ghislain Calvel était dans un autre style. Moins puissant qu’Antoine, c’était un excellent joueur de rugby, qui anticipait beaucoup sur un terrain (comme il ne courrait pas trop vite, il le fallait pour être à l’heure). En mêlée, il était du genre vicieux, se tenant bas, se mettant en travers, et malgré son relatif manque de puissance, il s’en sortait toujours, mais son poste le plus adapté fut celui de talonneur, ou il excellait dans le dégommage du demi de mêlée adverse sur touche lorsque le ballon et l’arbitre s’étaient éloignés. Il fait partie des miraculés par le rugby. En effet très jeune il fumait comme un pompier et buvait comme un trou. Mais bon public, il finissait ses nuits endormi un peu partout dans le village : dans un fauteuil chez une habitante du village où le père de celle-ci le découvrit au petit matin, sur les sacs de ciments de son voisin Tello dont le père était maçon, sur son tracteur après l’avoir mis dans un fossé vers Fontsainte,  Depuis il a arrêté la cigarette, et en partie la boisson, est devenu maitre de chai au Val d’Orbieu, s’occupe de ses vignes avec Pascale et fait de magnifiques vins de Corbières.

D’autre vinrent les rejoindre, Marc Camus de Névian, demi de mêlée de grande qualité teigneux et jamais battu, Paul Serge son frère dit POPO, un talonneur de 65kgs mais d’une vaillance extraordinaire, les frères Valverde de Montredon piliers ou talonneurs,

Bernard Miègeville, toulousain, directeur de la Coopérative de Thézan-Corbières. Il jouait 3éme ligne et hérita du surnom « Le 6 ». C’était un joueur très intelligent, chasseur d’essai, doté d’une belle vitesse.Il était assez réservé et pas excessif dans la vie, par contre il adorait que les autres fassent des conneries, et il n’était pas le dernier pour les suggérer.

Denis Boyer dit Papin de Névian, 2éme ligne longiligne mais rude, il avait les cheveux longs et avait tendance à les perdre, ce qui était sa hantise. Il les soignait quotidiennement, et pouvait devenir fou de rage si on les lui tirait sur le terrain. Et il avait la godasse facile…

Francis Seris, pilier ou 2ème ligne, un vrai athlète qui trimbalait ses 115 kgs au 4 coins du terrain, comme un véritable flanker.