Le Rugby, passion

L’Enfance

Je ne me souviens pas réellement de la première fois où le rugby m’a touché au cœur.

Peut-être dans les garrigues de Carbouniès, où on jouait des heures entières avec Néné et Payeye, peut-être le premier jour où mon père a acheté une télévision (Ducretet-Thomson  « une bonne marque » disait-il ) et nous devions regarder la finale du Challenge Du-Manoir Pau- Béziers en nocturne, qui était la réédition de la finale du Championnat de France 1964 qui s’était déroulée la semaine avant, que le Pau de François Moncla avait gagné. Je n’ai vu que la deuxième mi-temps de cette finale car mon père m’avait collé au lit pour je ne sais quelle bêtise à mon grand désespoir. Sur l’insistance de ma mère, j’avais pu voir la deuxième mi-temps. Le Béziers de Danos, Mas, Gensanne, Dedieu avait pris sa revanche.

Peut être quelques mois auparavant où nous avions vu chez le colonel Deu, notre voisin l’équipe de France subir la loi des fantastiques All-Blacks de Whineray, Colin Meads, Nathan, Laidlaw et Don Clarke.

ALL BLACKS FRANCE 1964

Dauga soutenu par Bayardon saute devant Gray et Young. Derrière Colin Meads, Stewart, Nathan, Tremain, Graham

Peut-être le dimanche lorsque nous allions à Narbonne qui avait une petite équipe, en tout cas certainement plus à Lézignan voir le FEUCEULEU dans le mythique stade du Moulin.

Le FCL Champion de france 1963. Debout de gauche à droite : Casas, Madaule, Coll, l’entraîneur Calixte, Denarnaud, Poux, A.Lacaze Accroupis de gauche à droite : Boule, Fabry, Esquibat, Carrere, G.Benausse, Castel, R.Benausse

C’était l’époque des Poux (le lion des Corbières), Fabry, Madaule, Boule, et surtout de Gilbert Benausse dit Gijou qui finissait sa carrière. Je me souviens d’un Lézignan-Villeneuve, où on l’avait très peu vu, mais sur un seul ballon, tout y était passé, cadrage débord sur son centre, passage en accélération entre le centre et l’ailier fixation et intérieur sur l’arrière, du grand art. J’ai eu cette chance de voir ce fantastique joueur, plutôt petit, mais assez puissant et d’une vivacité extraordinaire avec une gestuelle naturelle parfaite. Une combinaison de la classe, de la vivacité et de la gestuelle de Didier Codorniou sur le corps, l’explosivité et les appuis de l’anglais Jason Robinson.

Un peu plus tard ( à partir de 1964) ce fut le « RACING », le Racing Club Narbonnais qu’un jeune président, Bernard Pech de Laclause, avait rebâti avec ambition, profitant de l’arrivée d’une génération dorée, Laurent et Walter Spanghero, Sutra, Bénésis, Goar, puis Quilis, Viard, Belzons, allant recruter Darbos, Giberti, puis bien sur Jo Maso. Il sut aussi attirer de grands entraîneurs, Lolo Mazon,  André Barthez qui vint de Béziers, puis le Catalan Jean Carrère.

Narbonne 1964 2

Gérard Sutra sous les yeux de Laurent Spanghero, puis Walter Spanghero et Pierre Malet

Le Racing était à cette époque certainement une des équipes les plus excitantes par la qualité de son jeu, mais les titres ne venaient pas et on était les champions du Du Manoir.

Je me remémore aussi quelques grands moments ou grands joueurs vus sur ce Stade Cassayet.

Un 8éme de finale en 1963 entre Dax et Toulon, où le pack toulonnais en avait fait voir de toutes les couleurs aux Dacquois. Les Gruarin, Gay, Mouysset, André Herrero tenait ce match d’une main de fer, malheureusement leur buteur Labouré n’était pas dans un bon jour. Les mordus de la rade avait envahi un Cassayet trop exigu, et les quelques pauvres supporters Dacquois survivaient à peine. La tension était à son comble. Et après une énieme bagarre, Gruarin, qui n’était pas encore international, démonta le pilier dacquois Bérilhe d’une manchette. L’arbitre narbonnais Robert Giraud lui montra la sortie.

Toulon Dax 1963 original 2

de Gauche à droite: Berilhe (D), Albaladejo (D) Monet (T) plaqué par Conti (D) Mur (T) Dutin (D) Berho ( D) Gruarin (T) Mouysset (T) André Herrero (T) JC Lassère (D) Labadie (D) Gay (T) Cassiède (D) Debru (T)

Le 3éme ligne et capitaine toulonnais Mur, dut monter en tronche. La mélée était affaiblie et il manquait un troisiéme ligne. Il n’en fallut pas plus à Pierre Albaladejo pour s’infiltrer, trouver son troisième ligne Dubois pour l’essai victorieux. Les grands joueurs sont toujours décisifs dans les grands moments.

La sortie du stade fut très compliquée pour les supporters Dacquois, face à la frustration des mordus de la rade.

Les dacquois perdront la finale contre leurs rivaux landais de Mont de Marsan.

Il y avait les grandes rivalités qui donnaient lieu à des joutes quelquefois terribles, les frères Spanghero contre Elie Cester, qui jouait au TOEC, et plus tard la réception de Castres où le match aller avait été particulièrement chaud et où un pilier, alors peu connu, Gérard Cholley avait montré l’étendue de son talent. Le match retour sentait la poudre. Dés la première mêlée, Claude Spanghero qui jouait habituellement 2éme ligne gauche, inversa sa position avec son frère Jean Marie. Dans la seconde qui suivit, le talonneur castrais Arganèse, je crois, fit Jésus. Il n’y eut pas de match, le score enfla et rapidement l’équipe castraise fit pale figure, sauf un. Gérard Cholley, pourtant, la cible de toute l’équipe narbonnaise, sortit du terrain genre entrecôte saignante, mais à aucun moment, il ne recula ni ne refusa l’affrontement, pourtant bien esseulé. Un sacré client qui deviendra un an plus tard un pilier légendaire.

Rugby Union - 1975 Five Nations Championship - England 20 France 27 Left to right, France's Alain Guilbert, Claude Spanghero, and Gerard Cholley at Twickenham.

Alain Guilbert, Claude Spanghero, et Gérard Cholley à Twickenham.

Victot Hugo, Lacroix, Saint Laurent

Le rugby c’était tous les jours à l’école, dans la rue, plus tard au collège où Raymond Cathala dit Catule de Saint Jean de Barrou (frère du maire de Créteil et cousin de l’international talonneur René Bénésis qui opéra à Narbonne et Agen), passait ses jeudi matin à faire un ballon de rugby en papier en pillant tous les rouleaux de scotch de l’étude. Ensuite c’était le match à même le goudron, entre Argeliers (du nom du village audois célèbre pour avoir vu naitre Marcellin Albert et dont les ressortissants étaient nombreux) contre les autres. D’un coté des joueurs comme Buada, Maestre, Peloux, Galindo etc. de l’autre François Sangali le canétois qui fera une brillante carrière et sera international dans l’équipe mythique de 1977 drivé par Jacques Fouroux, Catule bien sur, mon ami Henry Marty, André Janzac etc.

Des luttes sans fin et éternellement recommencées.

J’ai réellement commencé à jouer au rugby en 1969, à Saint Laurent de la Cabrerisse et c’était au rugby à XIII (j’ai bien écrit au rugby et pas au jeu). Ce n’était pas vraiment un choix entre XIII et XV, mais plus la proximité, et le fait de jouer avec des copains. Nous étions en junior mais nous étions tous juniors 1ère année alors que nous jouions contre des équipes beaucoup plus aguerries – Limoux au paquet énorme derrière lequel brillait Germain Guiraud qui fera une belle carrière, Lézignan où André Molina fera une longue carrière au FCL XIII, Michel Ponçot ira plus tard briller sous les couleurs du RC Narbonnais. C’était de belles années avec les Saint Andréens Henri Marty, Michel Vaquier, Jacques Lafont, les Saints Laurentais André Janzac aujourd’hui DTN dans le rugby à XIII, Xavier de Volontat, vigneron et futur président national des caves particulières viticoles, Bensen, Rivière dit Catchalo, Malric dit Bouddha , Guimera, un ailier extraordinaire dont on avait l’impression qu’il n’avançait pas mais qui arrivait toujours à déborder. De belles années, sans grand souci si ce n’est ceux de l’adolescence finissante.

Le RCN

Après 2 années passées à Saint Laurent, nous sommes allés tenter notre chance au RCN (Racing Club Narbonnais) en junior B drivé par l’ineffable Paul Rabet dit Potchole (prof de gym, éducateur et entraineur de rugby, plus tard arbitre), sorte de Tartarin du rugby, gouailleur, envahissant quelquefois, mais au bout du compte quelqu’un qui donnait beaucoup sans trop compter, et qui dans son flot de paroles, assénait aussi quelques bonnes vérités. Ami de Georges Bertrand, il deviendra un ami de la famille.

Ma carrière au RCN fut brève. Après 3 matchs en junior B, je fus appelé pour jouer un match « amical » avec les A contre les catalans de Bages, champions de France l’année précédente et où jouait le futur grand 2ème ligne Jean François Imbernon.

Pour un amical, ce fut un amical. A la première mêlée, notre talonneur Pérez dit Pépé, monta un mètre au dessus des piliers, œuvre magistrale de Jeff,  futur bistrotier dans les P.O . Ca tombait comme en 14 pendant 80mn. Et à la 60ème minute, après un débordement et un coup de pied à suivre, je me suis fait détruire à retardement (le ballon était déjà retombé au sol à 20 mètres de là) par un 3ème ligne nommé Battle. J’ai fini le match avec un mal terrible à la mâchoire, et le soir je suis allé voir notre médecin de famille, Raymond Azémar de Bizanet, dit Raymond la Science, qui me fit mâcher du papier, me prescrit de l’aspirine et me dit de sa voix à la fois grave et douce : «  2 jours et il n’y paraîtra plus ». 4 jours après, n’en pouvant plus, je passais une radio et le docteur qui regarda le cliché me dit d’un air mi-goguenard, mi-admiratif : « 5 jours avec une fracture comme ça, vous êtes solide ». Ce n’était pas l’époque des IRM et scanners à gogo.

4 mois d’arrêt et les études, la carrière au RCN s’arrêta là.